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Le dojo est-il sacré ?

Si vous sous-entendez « sacré » au sens religieux et monothéiste du terme, alors non, le dojo ne l’est pas. Le dojo n’est pas un lieu de vénération, ni de rite, de prière, de cérémonie ou de croyances en quelconque divinité. La pratique d’un art martial, du moins du karaté qui nous concerne, est laïque et devrait le rester.

En revanche, il est vrai que l’on y trouve des éléments de spiritualité japonaise, mais dans un sens et un but bien spécifiques. Par ailleurs, l’héritage culturel japonais compris dans un art martial tel que le karaté comporte des éléments de sacralité qu’il convient de connaître.

Premièrement et dans l’ordre, quand vous enfilez votre gi dans les vestiaires, vous ne revêtez pas un uniforme ou une toge, mais vous vous préparez néanmoins mentalement pour l’entraînement à venir. Vous laissez tomber vos habits et votre métier. Désormais, seule votre ceinture vous distingue des autres. Quand vous entrez dans le dojo, vous vous inclinez car vous portez respect au lieu qui vous permet de vous entraîner. Lors du salut, vous vous inclinez tant vers le shômen (en général, une photo du fondateur Gichin Funakoshi), vers vos maîtres (en Occident, on n’aime pas trop ce terme, on préfère celui – très pourléché – de « moniteur », ça fait très pédago), que vers vos partenaires d’entraînement. En agissant de la sorte, vous n’idolâtrez ni Funakoshi ni vos maîtres, pas plus que vous ne faites acte de soumission. Vous vous contentez de témoigner de la reconnaissance à « ceux qui étaient là avant vous », ceux qui ont transmis ou transmettent encore l’art martial qui vous est cher. En japonais, le terme de « maître » se ditsensei, littéralement « celui qui est né avant », « celui qui était là avant » (sous-entendu, avant vous). Il exclu la notion occidentale de domination.

Après le salut, vous faites une courte méditation, le mokusô, littéralement « esprit vide ». Ce n’est ni une prière, ni une invocation, mais un moment qui vous permet de vous centrer, de vous calmer, de vous concentrer sur votre corps, ici et maintenant, d’oublier vos soucis, votre travail, votre vie privée et de vous rendre disponible pour l’entraînement.

Au Japon, la conception du sacré n’est pas la même qu’en Occident. Le shintoïsme, qui se fonde lui-même sur des croyances dites « animistes », considère que le sacré se trouve en toute chose. Ainsi, tout ce qui nous entoure est sacré, chaque chose possède son esprit, son kami. Ainsi, l’eau, la montagne, les arbres, les animaux, les pierres, les temples, nos ancêtres et mêmes certains personnages illustres ont leur kami, leur esprit sacré. Le dénominateur commun se trouve dans la notion de respect, d’admiration et de pureté. En ce sens, le dojo est un lieu sacré, car c’est, par définition et symboliquement, un lieu dans lequel nous allons chercher à progresser sur la Voie, à purifier ou polir notre corps et notre esprit. C’est un lieu de pureté, ou le parcours et l’appartenance sociale de chacun n’entre pas en compte.
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Pourquoi ne faut-il pas parler pendant les cours ?

Il n’y a aucune interdiction formelle de parler pendant les cours, pourtant, l’expérience démontre que plus on parle, moins on fait. Et ceci n’est pas seulement valable au dojo, vous en conviendrez. Il peut être utile d’échanger quelques mots, de se corriger ou évidemment de rigoler, mais cela devrait être limité. Quand vous parlez, vous n’êtes pas ou peu concentrés. En l’occurrence, un entraînement de karaté n’a pas pour but de vous former au débat politique.

Parlez moins, agissez. Répétez les techniques, peaufinez votre art par l’entraînement physique et n’intellectualisez pas à outrance.

Au Japon, les entraînements que j’ai suivis durant une année étaient très rarement accompagnés d’explications, d’exercices pédagogiques et de corrections à n’en plus finir. Nous ne sommes pas au Japon et il faut avouer que beaucoup de chose passent également par la parole. Néanmoins, vous êtes là pour pratiquer et progresser dans un  art martial, non dans un art rhétorique.
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Comment se font les passages de grade ? Est-ce un examen où l’erreur est éliminatoire ? Qu’est-ce qui est évalué lors du passage de grade ? Comment se préparer au mieux à un passage de grade ?

Avant tout, un passage de grade ne devrait pas être perçu comme un examen scolaire. Bien entendu, nous vous demandons de maîtriser un certain nombre de techniques et de le démontrer le jour-J, mais pour être à l’aise lors de cet événement, il est préférable de l’inclure dans la continuité de votre pratique. En d’autres termes, prenez le passage de grade comme l’occasion de prouver ce que vous savez faire, de montrer au jury et aux gens qui vous regardent que le karaté, c’est votre affaire.

Lors du passage de grade, nous demandons aux élèves de réaliser des techniques correspondant à leur niveau de connaissance, selon des critères et des exigences fixées par la Fédération Suisse de Karaté. Si ces critères correspondent à ce que l’on attend, disons d’un élève se présentant pour la ceinture orange, le jury délibère sur l’entier de sa « prestation » le jour du passage de grade et rend sa décision. Aux niveaux de ceintures correspondent des programmes bien définis, tant au niveau technique pur (la forme) qu’au niveau de l’attitude (le fond). La forme, c’est votre capacité à reproduire correctement et précisément une position, un coup de poing, un enchaînement, etc… Le fond, c’est l’engagement que vous y mettez, votre concentration, votre esprit, votre martialité. En japonais, on parle de kime, traduisible par « décision », ou « esprit de décision ».

Une erreur lors d’un passage de grade est admissible, pour autant qu’elle se corrige d’elle-même durant le passage et qu’elle reste dans des limites du détail. Ainsi, si vous vous trompez dans un kata et que cette erreur est minime, on vous demandera de refaire votre kata correctement. Si vous vous trompez à nouveau, les problèmes commencent, car nous verrons que le kata n’est pas encore acquis. Le jury tient compte de votre stress ou de votre fatigue, tout comme de votre karaté sur l’entier de l’année. Pour être à l’aise ce jour là, entraînez-vous régulièrement et soyez prêts suffisamment à l’avance. Pour des ceintures avancées, marrons et noires, nous pensons qu’il faudrait être prêt au minimum un mois avant la date de l’examen. Au KCE, nous estimons qu’un passage de grade doit se réussir haut la main et non à limite des exigences minimales requises. Une ceinture, quelle qu’elle soit, se mérite. Nous abhorrons la « course à la ceinture ». Celle-ci n’est pas une fin en soi, juste un signe de reconnaissance. Nous préférons féliciter un élève pour son magnifique passage plutôt que lui céder une ceinture au rabais. Par le passé, cette vision des choses a parfois posé problème pour des élèves à qui nous disions qu’ils n’étaient pas prêts pour se présenter. Visez la qualité, prenez le temps de progresser et d’assimiler. Et n’oubliez pas qu’au final, la ceinture ne sert qu’à tenir votre pantalon…

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Quels sont les différentes formes d’entraînements, qu’est-ce que cela signifie ? : kata, Kumité, etc…

Le kata, littéralement « la forme », est une séquence de mouvements codifiés s’exécutant dans un ordre précis. Le karaté Shôtôkan en dénombre 33, qui s’étalent sur les différents niveaux de ceintures, de la ceinture blanche jusqu’au 5èmedan en principe (dernier grade technique). Les katas regroupent tout le panel technique du karaté que nous pratiquons. Il est le vecteur de transmission de l’art martial à travers les âges, la colonne vertébrale du karaté. Vous aurez sans doute remarqué que le kata n’est pas « vide », mais que ces enchaînements de techniques, une fois qu’on apprend à les lire, s’appliquent à différentes situations. Découper et appliquer le kata sur un partenaire, cela s’appelle bunkai jutsu.

Le kata comporte plusieurs aspects, non exhaustifs : un aspect purement technique, c’est-à-dire le répertoire de techniques composant le karaté ; un aspect de défense et de combat, qui se réalise lors qu’on apprend à « lire, découper », comprendre et appliquer ce qui se cache derrière des mouvements parfois abstraits ; un aspect artistique, car le kata est une forme de chorégraphie où l’on cherche la précision et la beauté du geste parfait ; un aspect énergétique, car il développe la condition physique, l’endurance, la souplesse, la vitesse, l’explosivité et la puissance ; un aspect mental, qui se traduit par une concentration intense, un esprit présent et vide de toute interférence ; un aspect interne, dans l’union des énergies du corps et de l’esprit.

Le kumite, littéralement « les mains jointes », est le combat codifié sportif (compétition) ou traditionnel (ippon-kumite, jiyû kumite, etc…).

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Est-ce que au Japon, les entraînements sont pareils qu’en Europe ? Quel est le niveau de difficulté là-bas ? Ont-ils aussi les passages de grade comme chez nous ?

Il y a quelques années, j’ai eu la chance de vivre au Japon et d’y pratiquer le karaté. Berceau de certains arts martiaux que nous pratiquons aujourd’hui en Occident, le Pays du Soleil Levant garde encore parfois l’image de mythe, de mystère et de Graal martial. La consécration, pour un artiste martial, est de s’y rendre et y perfectionner ses mae-geri sous la férule d’un petit sensei sévère. Le Japon fait figure de référence. A juste titre du point de vue des origines du karaté. Du point de vue pratique, cela dépendra de l’appréciation et des expériences de chacun. Pour ma part, voici ce que je peux vous en dire.

A Tokyo, j’ai eu le privilège de rejoindre l’équipe de karaté de l’université de Waseda, Waseda Daigaku karate-bu, pour une année qui restera sans doute parmi l’une des plus belles et des plus intenses de ma vie de pratiquant. Entre Suisse et Japon, là oui, j’ai senti la différence. Au Japon, intégrer un karate-bu (comme un judo-bu ou un kendo-bu), signifie dédier le plus clair de son temps au karaté. Aux antipodes d’une pratique sporadique « karaté-fitness », le bu implique un entraînement quotidien de 2h30, 6 jours sur 7. Celui qui ne s’implique pas ou qui ne tient pas le rythme est prié de prendre la porte. Aussi extrême que cela puisse paraître, j’en tire un enrichissement exceptionnel, tant du point de vue humain que martial.

Le karaté en lui-même, également du style Shôtôkan, ne changeait que peu. C’est dans la conduite et le déroulement de l’entraînement lui-même que les différences les plus importantes se sont fait sentir. Fini les exercices éducatifs et les explications à rallonge, ici tu regardes, tu essayes de comprendre ce qu’on te dit et ce qu’on te montre, et surtout, tu fais. Tu donnes le maximum. Ca finira bien par rentrer. Des traversées de dojo, des kilomètres de kihon, des milliers de tsukis, des combats à répétitions… Au début ça fait mal, on est perdu, on ne comprend rien – d’autant plus quand on est le seul étranger de la troupe – on ne nous fait pas de cadeau, on transpire, on souffre. Mais on donne aussi, on apprend, on répète inlassablement et on progresse.

Avec un rythme pareil, le niveau de difficulté était fatalement plus élevé, physiquement surtout. Techniquement parlant, nous, en Europe, n’avons rien à leur envier. La différence la plus notable, hormis le rythme physique soutenu, résidait dans la force mentale, l’engagement et la volonté dont nous faisions tous preuve. Avant et après l’entraînement, ça rigolait. Pendant, ça rigolait beaucoup moins… Off/On. Blanc/Noir. L’aspect martial, le côté guerrier du karaté.

En ce qui concerne les passages de grade, le karate-bu dans lequel j’ai pratiqué n’attribuait que trois ceintures. Blanche, quand vous arriviez ; marron, quand on jugeait que vous étiez mûrs ; noire quand vous faisiez parler la poudre. Ces trois passages sont évidemment sanctionnés par des examens techniques (kata, kihon, ippon-kumité) mais également par des combats libres (kumite).

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Est-ce qu’un maître traditionnel au Japon « explique » le karaté à ses élèves ?

Oui, bien entendu, mais sans doute pas autant que nous en Occident. En Suisse, il me semble que nous aimons expliquer, démontrer, donner des éducatifs parfois compliqués. En somme, nous parlons parfois beaucoup (trop ?). Peut-être cela vient-il de l’esprit occidental, qui se plait à rationnaliser et à vouloir trouver une explication à toute chose, tout cartésien qu’il est. Ou peut-être d’une tendance pédagogique actuelle dans le domaine du karaté. Je ne saurais l’affirmer. Il n’en reste pas moins qu’une intellectualisation trop poussive du karaté – finalement, de n’importe quel sport – est nuisible, puisque plus on parle, moins on pratique. Le karaté reste en premier lieu une affaire de physique (coordination, rapidité, technique, condition physique, puissance, etc..), ce n’est dans un deuxième temps, une fois les bases acquises (1er dan au minimum), que l’aspect « irrationnel » peut se développer. On cherche alors de nouvelles pistes, on décortique un kata, on travaille sur la respiration ou la méditation, etc.

Il est intéressant de constater que bien souvent, on compare notre manière de nous entraîner avec une manière « à l’ancienne », ou « à la japonais », dite plus dure et plus martiale. C’est peut-être correct. Une chose est sûre, mon expérience au Japon allait dans ce sens. Moins de mots, moins de blabla, plus d’action. L’apprentissage par le mimétisme et la répétition. Qui des deux a tort, qui a raison, finalement on s’en contrefiche. L’important, c’est de trouver un enseignement qui vous convienne et qui puisse se pratiquer toute une vie.

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Quand on a une ceinture noire, cela change quoi dans la pratique du karaté ?

On devient invincible, extrêmement fort, rapide et imbattable… Une vraie machine de guerre.

Pour grand nombre de pratiquants d’arts martiaux ou sports de combats, obtenir une ceinture noire (1er dan et suivants…) est un aboutissement, une finalité, un but en soi. Or, on oublie souvent que dan signifie « étape, degré, niveaux, étage ». Bien entendu, nous tous vos professeurs sommes fiers de porter le noir et avons sauté de joie lors de l’obtention de notre (nos) dan. Il convient néanmoins de rappeler qu’il y a plusieurs degrés de ceintures noires et que ce n’est qu’après le 1erdan que commence véritablement la pratique du karaté dans sa globalité. La première ceinture noire, pour autant qu’on ne l’ait pas piochée dans un sachet surprise, atteste du fait que vous possédez et maîtrisez les connaissances de base du karaté. Suivant les cas, vous devriez être à même de vous défendre correctement si nécessaire. Vous pouvez transmettre, ouvrir votre dojo, mais il vous reste cependant encore tout à apprendre. Ne vous reposez donc pas sur vos lauriers, la Voie est infinie. Sisyphe, sort de ce corps…

Pour répondre à votre question, avoir une ceinture noire ne change finalement pas grand-chose au niveau de la pratique même de l’art martial. Chacun s’entraîne en fonction de ce qu’il lui faut répéter, améliorer et ce qu’il lui reste à apprendre. Une ceinture noire donne en revanche la possibilité de creuser « son karaté », de développer certains domaines qui nous intéressent (l’enseignement, la self-défense, le combat, les énergies, la respiration ou autres). Imaginez une série de pyramides inversées posées verticalement l’une sur l’autre. Disons que tout ce que vous avec appris, de la ceinture blanche jusqu’au 1erdan, se trouve dans la première pyramide. Vous passez alors dans la deuxième, et vous rendez compte qu’il y a encore tout à apprendre. Et ainsi de suite. En sachant que ces pyramides n’ont pas de fin…

Enfin et sans vouloir infantiliser les ceintures inférieures, la ceinture noire, c’est un peu comme la majorité ou le permis de conduire. Vous êtes désormais majeur et responsable. Une ceinture noire n’est pas à prendre à la légère. Elle se gagne par la sueur, elle se garde au mérite, par une attitude digne, respectueuse et cohérente avec les valeurs martiales.

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